Devant la dégradation sécuritaire, le ministère français des affaires étrangères a revu sa carte du pays. Une prescription qui génère des frustrations côté burkinabé.
Les zones jugées les plus dangereuses demeurent celles qui bordent la frontière malienne, dans le nord et l’ouest, auxquelles sont venues s’ajouter l’ensemble des provinces de l’est, frontalières du Niger, du Bénin et du Togo. Ouagadougou, la capitale, demeure en zone orange, couleur qui affecte désormais toute la partie centrale et méridionale du pays. Cette dernière était encore récemment en jaune, synonyme de « vigilance renforcée ». Schématiquement, la carte du Burkina Faso est désormais chapeautée d’un accent circonflexe rouge vif.
Depuis août 2015, les attaques, lancées tout d’abord par des groupes installés au Mali, se sont progressivement endogénéisées, intensifiées en nombre et en violence, étendues géographiquement. Les attentats, enlèvements et assassinats ciblés perpétrés par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM, du Touareg malien Iyad Ag Ghali), par Ansaroul Islam, le premier groupe djihadiste burkinabé, ou par des cellules rattachées à l’Etat islamique au Grand Sahara (EIGS), ont fait près de 700 morts, selon un décompte de l’AFP, et provoqué, d’après les Nations unies, la fuite de 500 000 personnes, aujourd’hui déplacées à l’intérieur des frontières ou réfugiées à l’extérieur.
«Cette mesure ne fait qu’accentuer la psychose»
Si le constat de la dégradation sécuritaire est partagé tant par les autorités burkinabées que françaises, les modifications de la carte de conseils aux voyageurs suscitent quelques tensions et incompréhensions entre partenaires affichés dans la lutte contre l’islamisme armé. « Officiellement, je vous dirai que ces changements ne concernent que les chancelleries dans leur relation avec leurs ressortissants. Mais en étant honnête, je trouve anormal que des pays qui ne montrent pas une grande diligence pour nous aider nous pénalisent. Comment voulez-vous qu’on règle ce conflit si on nous inflige toutes les peines ? », s’agace, sous couvert d’anonymat, une source gouvernementale à Ouagadougou.