Côte d’Ivoire | Pourquoi la victoire de Ouattara n’est pas certaine

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[Par TOURÉ Vakaba, rédaction d’Abidjan]

Côte d’Ivoire | 2020 est elle une année électorale certaine? De nombreux analystes conviennent que le pays côtoie des élections générales à hauts risques. La difficile naissance de la deuxième république,  n’a pas pas suffit non plus aux actuels officiels, d’évaluer sérieusement une situation de crise générale qui a presqu’entièrement abîmé le pays, créant par endroit divers foyers de tensions. Le pays tarde à se réconcilier et de nombreux ivoiriens s’impatientent.

L’incapacité du Président Ouattara Alassane à amorcer concrètement une véritable réconciliation semble manifestement lisible

En aval, Ouattara Alassane et son gouvernement, sont credités d’avoir redonné au pays, un visage relativement enviable, sauf qu’en amont, beaucoup reste à faire, notamment en terme de réconciliation, un chapitre presque relégué en la rubrique des divers. Des familles de victimes crient aux loups, détestant et dénonçant une indemnisation aux « allures sélectives ».  Il y a moins d’un an, le Président de la République en exercice décidait d’une ordonnance d’Amnesty qui avait conduit en la mise en liberté conditionnelle de plus de 8000 prisonniers issus de la crise post électorale. Bien avant, le régime ne cessait pourtant de marteler qu’il n’existait pas de prisonniers politiques en Côte d’Ivoire. Ces ex-détenus politiques dont la majorité n’est jamais passée devant un tribunal de droits communs, s’érigent contre un « semblant de justice » et réclament par conséquent réparations au même titre que les victimes favorables au pouvoir en place. Aussi, plusieurs voix, tapis dans une société civile presque inexistante, exigent la publication intégrale des activités de la Commission Dialogue Vérité réconciliation [CDVR], pour laquelle environs 16 milliards de la monnaie locale auraient été engloutis sans véritable succès. « Des gens ont travaillé et ont été payés chèrement avec l’argent du contribuable. Ils doivent le justifier…c’est tout », s’emporte N.D, enseignant à l’Université de Cocody.

Bénéficiant d’une liberté conditionnelle, le leader historique du Front populaire ivoirien est au centre de toutes les convoitises

Qu’on soit dans l’opposition ou du côté du pouvoir, l’élite politique dévient de plus en plus fébrile et tous paraissent étrangement figés sur la future élection présidentielle prévue en octobre 2020. Le pays connaît depuis plusieurs mois, un mercato politique ahurissant, avec des débauchages interminables de cadres qui migrent d’un sens à un autre.

Hypocrisies et roublardises ont émaillé l’actualité politique ivoirienne durant ce dernier semestre. On retiendra notamment le volte-face spectaculaire de l’ancien premier ministre Jeannot Kouadio Ahoussou. Il y a moins de deux semaines, cette personnalité charismatique prêchait la cohésion et la réconciliation, espérant une réconciliation aux lendemains fructueux entre le Président du PDCI, Bédié Aimé Henri Konan et son ex-allié Ouattara Alassane dans le cadre du rassemblement des houphouetistes pour la démocratie et la paix [RHDP].  curieusement, alors que de nombreux modérés rêvaient enfin d’une vraie décrispation, ce dernier va, au grand étonnement de tous, affirmer à haute voix, son adhésion au parti unifié.

Alors qu’il est abandonné par ses fidèles, le Président Henri Konan Bédié reste l’épine dorsal d’une possible réconciliation et par conséquent, devinette irréversible des multiples inconnus de la présidentielle de 2020

Une relecture de l’ambiance dans les différents états majors donne plutôt favorite l’opposition qui s’organise chaque instant autour du président du Parti démocratique de Côte d’Ivoire, dont la personnalité prend à nouveau du poids et du volume. Le vieil homme a réussi à rallier en sa cause, les figures significatives de l’opposition du pays, dont notamment, Assoa Adou du front populaire ivoirien [FPI], Guillaume Soro, ainsi que d’acteurs respectés du peu qui reste de la société civile ivoirienne. Henri Konan Bédié a discrètement bétonné son cabinet et se montre désormais moins bavard sur les questions d’actualité et son avenir politique. Prudent et déterminé à faire, vaille que vaille la peau à son ancien allié, au moyen des futures consultations populaires, l’ancien chef de l’État tient en sa réhabilitation concrète et effective en tant que président de la république élu, « injustement éloigné du pouvoir au moyen d’un ignoble putsch opéré en décembre 1999 ».

Sûr et certain, Guillaume Soro ne cesse d’affirmer que le Président de la République sortant ne sera pas reconduit

Par ailleurs, la violence et l’intolérance semblent depuis un certain temps, avoir pignon sur roue. Partout, des conflits communautaires avec leur corollaire de massacres et de défiance, ont la palm d’en rajouter en l’inquiétude de nombreux ivoiriens qui scrutent l’horizon avec peur et amertume. En claire, en dépit des efforts du gouvernement pour endiguer le fléau, l’insécurité s’est une fois de plus emparée du pays et ravivée les vieux démons.

Guillaume Soro, l’ancien Premier Ministre et ex-président de l’Assemblée Nationale, à l’occasion de son long séjour au nord, à tout le temps noircit le bilan « humain » du Président qui s’est engouffré selon lui dans une posture politique qui le « perdra ».

 » Tous ensemble pour sanctionner la gouvernance de Ouattara et passer en la réconciliation véritable des ivoiriens (…) », dixit l’ancien patron des forces nouvelles, très actif auprès du Président du Pdci-rda, depuis son départ de la chambre des representants.

La victoire du chef de l’État sortant ne semble nullement acquise

Le pays est dans l’impasse, mais l’enjeu reste manifestement unique: Les élections présidentielles d’octobre 2020. « C’est géré et bouclé », affirment sans ambages les collabos du pouvoir. Qui vivra verra!

T.V Copyright mai 2019