Éditorial | Guillaume Soro, un opposant embarassant pour Ouattara?

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Depuis la fin du Congrès constitutif du « rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix » [RHDP], intitulé parti unifié, sans le front populaire ivoirien [FPI reconnu de Laurent Gbagbo], ni Guillaume Soro, encore moins Henri Konan Bédié, les clameurs du côté de la mouvance présidentielle, semblent refroidies et laisser place aux parades et déclarations publiques à n’en point finir du désormais  ex-président de l’Assemblée nationale ivoirienne. Alors que l’ancien chef de l’État paraît avoir changé de stratégie, y a qu’à lire les sorties carnavalesques de son nouvel allié de Guillaume Soro, pour se faire une opinion géométrique de la nouvelle configuration politique en cours en Côte d’Ivoire. En effet, formaté par une dizaine d’années passées au maquis, et des occupations institutionnelles importantes, le député de Ferkessedougou [extrême nord ivoirien], explique à qui veut l’entendre, avoir tout vu, entendu et vécu, donc prêt à se battre pour rétrocéder à la Côte d’Ivoire sa souveraineté et sa dignité.

Pas si étonnant, car, depuis plusieurs jours, c’est à lui seul la parole et il est le centre des regards. Et étrangement, plus personne n’ose lui apporter la réplique. Mêmes les plus bavards, jadis abonnés à la provocation et aux injures publiques, se sont miraculeusement terrés!

Guillaume Soro est sans nulle doute le nouveau visage d’une véritable opposition qui, progressivement, est entrain de s’installer, dans un pays qui en manquait cruellement. À l’opposé des injures et provocations, le député a toujours fait montre de froideur et d’une hauteur déconcertante. La contradiction ayant désormais un nom, l’ancien patron des Forces nouvelles, s’y est d’ailleurs préparé…dans son bagage, un quotidien format tabloïd, une télévision numérique, une nouvelle association politique dont il n’hésitera pas longtemps à prendre les commandes, des amis à travers le monde et une foule de soutiens stratégiques, tapis dans l’administration ivoirienne, dont les rôles seconds consistent à ramener à leur jeune mentor, les preuves d’irrégularité et de disfonctionnement politiques, administratifs, matières à dénoncer la gouvernance du régime Ouattara, le livrer mains et pieds joints aux bailleurs de fonds et aux ONG de défense des droits de l’homme, occasion de l’affaiblir à souhait, pour s’ouvrir ainsi une piste possible pour la gymnastique très attendue de la présidentielle d’octobre 2020.

Guillaume Soro a le soutien de l’ancien chef de l’État Henri Konan Bédié, Président du tout puissant Parti démocratique de Côte d’Ivoire, un autre adversaire tout aussi coriace que son frangin, qui n’a pas encore dit son dernier mot. Le viel homme, en fin tacticien, a décidé de reconsidérer sa posture et son entourage pour accepter de composer avec toutes les victimes du régime. Il s’est retiré pour un bon temps chez lui à Daoukro  et ne chôme pas vraiment. Son quotidien étant rythmé d’audiences et de cérémonies interminables dont il assure la présidence en personne de certaines.

On peut s’autoriser à l’avouer, les adversaires politiques au parti unifié, qui s’en sont donné les moyens, semblent déterminés à en découdre avec ses promoteurs et fondamentaux…dans un pugilat qui promet des étincelles. En revanche, une reconstitution de dernière minute du front populaire ivoirien, trahirait tous les pronostics et stratégies, pour en faire un arbitre potentiellement déterminant. Seulement, lui, Guillaume, l’a côtoyé, officieusement comme officiellement, souvent à l’occasion d’impasses terribles. Cet opposant imprévisible, Alassane Ouattara pouvait s’attendre à tout…

Touré Vakaba